

Intervention de politique générale – Groupe Écologiste, Fédéraliste et Citoyen – Octobre 2026
Chers collègues,
Notre session de rentrée 2026 se tient dans un contexte particulièrement grave et inquiétant pour notre démocratie, notre république et notre collectivité.
Elle intervient après une vague de canicules et de sécheresses aux conséquences dramatiques y compris sur notre territoire. Conséquences sur la santé physique et mentale des personnes, particulièrement les plus fragiles, sur nos agriculteurs et agricultrices pour lesquels d’ailleurs un plan de soutien d’1 M€ sera soumis au vote ce jour, sur le vivant et nos espaces naturels, sur la disponibilité de notre ressource en eau. Nous tenons à adresser notre profonde reconnaissance aux pompiers hommes et femmes du SDIS, professionnel.le.s ou volontaires, qui ont eu à faire face au terrible incendie des Landes de Saint-Just.
Face à cela, certaines et certains se réfugient encore et toujours dans une forme de déni en parlant de conditions exceptionnelles alors que la communauté scientifique nous alerte depuis des décennies, sur l’augmentation inéluctable de la fréquence de ces évènements, et même de leur acuité si nous ne faisons rien. Face au dérèglement climatique et ses conséquences, la priorité politique numéro une, qui devrait être à nos yeux au cœur du débat des campagnes électorales pour les échéances de 2027, est celle de la lutte pour à la fois s’adapter à ces changements mais aussi pour atténuer le phénomène. C’est tout l’objet du plan de transition bas carbone qui vous sera présenté par notre collègue Nicolas Perrin. Le dérèglement climatique étant consécutif aux activités humaines et notamment des usages des énergies carbonées, il est encore possible d’inverser la tendance, mais le temps presse.
Au lieu de cela, à droite et à l’extrême-droite, l’on préfère désigner l’immigration, surtout quand elle provient de pays majoritairement musulmans, comme principal problème auquel nous serions confrontés. Dans le désordre du monde, peu de personnes émigrent de gaité de cœur mais dans un pays vieillissant l’accueil d’immigrés devrait être d’abord considérée comme une chance et une nécessité. Ainsi, dans le pays de la déclaration des droits de l’homme, au nom de la lutte contre l’immigration, on s’autorise à remettre en cause l’Etat de droit. Ou encore, en faisant fi de celui des Lumières, on se réclame d’un héritage judéo-chrétien que l’on souhaiterait inscrire dans la Constitution, concept fallacieux dans un pays dans lequel pendant des siècles on a persécuté les Juifs au nom de la Chrétienté… A ceux-là nous rappelons que lorsque qu’il fera 45 degrés ou plus dans notre pays, la chaleur frappera sans distinction d’origine ses victimes…
Cette session se tient également dans un contexte social tendu, du fait de l’absence de réponse politique du Gouvernement à la mobilisation massive de lycéennes et des lycéens. Face à la dégradation de leurs conditions d’études et à l’inquiétude concernant leur avenir, revendications ô combien légitimes, le Gouvernement a fait le choix d’une répression sans précédent envers des enfants. En date du jeudi 15 octobre, c’est près de 8000 personnes, dont 85% de mineur.e.s, qui ont été placées en garde en vue depuis le début du mouvement le 18 septembre. Des avocats dénoncent de la part de membres des forces de l’ordre des insultes, y compris racistes, des humiliations et ajoutent qu’une très grande majorité arrivent en garde à vue bléssé.es, après avoir pris des coups de matraque ou avoir été tiré.e.s au sol, avoir été giflé.e.s, ou subi des étranglements. Comme le rappel l’historien Vincent Lemire dans le quotidien Libération, cela « montre un emballement répressif d’une ampleur terrifiante pour la jeunesse. C’est sans doute le but recherché : terrifier les lycéens, leur faire peur, pour casser la mobilisation. »
Cela s’inscrit dans un bilan du macronisme désastreux pour nos services publics. Celui de l’éducation donc, ma collègue Marion Le Frène reviendra sur ce sujet lors de la présentation du rapport sur les dotations aux collèges, mais aussi de la santé, dont les perspectives sont alarmantes comme nous le verrons avec le rapport présenté par Sylvie Quilan sur les perturbateurs endocriniens, de la justice et même de la sécurité, avec un gouvernement plus prompt à réprimer des manifestantes et manifestants pacifiques, y compris des mineur.es, en les nassant sous une pluie de lacrymogènes, plutôt que d’empêcher les casseurs et les pilleurs de commettre des dégradations injustifiables, et de les interpeller pour qu’ils puissent répondre de leurs actes devant la justice.
Enfin, cette session se tient également alors qu’une lourde menace budgétaire pèse sur notre collectivité et donc sur sa capacité d’agir. En effet, alors que le Premier ministre avait dit reconnaître les difficultés des Départements, il annonce dans le Projet de loi de finances un nouveau prélèvement de 551 millions d’euros prélevés sur 60% d’entre eux, soit 190 millions d’euros de plus que les deux Dilico réunis dont le remboursement sera étalé sur cinq ans au lieu de trois. A cela s’ajoute la disparition du fond de sauvegarde de 600 millions à destination des Départements les plus en difficultés, remplacé par un fonds de soutien de 100 millions aux contours encore très flous : 500 millions de moins. Au total, contrairement à ce qu’affirme le Premier ministre lors de ces opérations de communication, ce sera bien 1 milliard 200 millions qui seront ponctionnés dans les poches des Départements. Pour reprendre les mots du Président de la commission Finances et Fiscalité locales à l’Assemblée des départements de France, Jean-Léonce Dupont, mots employés lors de son discours de clôture des Assises de l’ADF la semaine dernière à Reims, ce gouvernement nous ment, ce gouvernement nous racket.
Pour notre collectivité, cela se traduit par un prélèvement de plus 30 millions d’euros, soit peu ou prou le montant de l’épargne net que nous avons pu reconstituer depuis le racket précédent au prix d’un effort considérable, y compris pour nos partenaires. Cette décision de faire les poches des collectivités de la part de l’Etat pour réduire son déficit, résultat de sa volonté de se priver de recettes et de son refus de taxer les plus riches, dont les fortunes ont augmenté depuis dix ans à un rythme sans précédent, est inacceptable.
Alors que dans le même temps la pauvreté augmente dans notre pays, les politiques de solidarités aujourd’hui portées par les départements sont plus que jamais indispensables à la cohésion sociale. Mais aujourd’hui c’est le cœur de nos missions, la protection de l’enfance, le handicap et la dépendance, l’insertion et l’ensemble des politiques partagées que nous menons en lien avec ces compétences majeures qui sont menacées d’une dégradation sans précédent. La DM2 présentée aujourd’hui nous permet encore de tenir nos engagements, mais qu’en sera-t-il demain au regard des perspectives qui se dessinent ?
Dans ce contexte, nous nous réjouissons que la demande d’un nouvel acte de décentralisation et le retour d’une fiscalité locale garantissant une autonomie fiscale pour les collectivités qui en sont privées, soient des objectifs partagés par de plus en plus d’élus au-delà des clivages politiques. A rebours donc de ce qu’ont fait les gouvernements d’Emmanuel Macron depuis dix ans, qui ont supprimé cette autonomie et recentraliser l’administration en renforçant les pouvoirs des Préfets.
Les dernières élections sénatoriales dans notre département ont permis à cet égard une certaine clarification. A plusieurs reprises durant le mandat, quand des membres de notre majorité faisaient remarquer à nos collègues de l’Union du Centre et de la Droite que les politiques de l’Etat étaient menées par des ministres issus de leurs familles politiques, cela déclenchait quelques protestations de leur part. Désormais nous tiendrons comme personnellement co-responsables de la politique gouvernementale de casse des collectivités territoriales celles et ceux dans cette assemblée qui ont soutenu la réélection de Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation dans ce gouvernement, qui porte et assume cette politique, y compris lors des Assises des Département de France la semaine dernière, en lieu et place du Premier ministre absent.
Par ces vents contraires, notre majorité et en son sein les élu.e.s du groupe EFC continuera à défendre notre projet de mandature, pour renforcer encore et toujours les solidarités humaines et territoriales, plus que jamais attaquées par le gouvernement et ses soutiens.
Groupe Écologiste, Fédéraliste et Citoyen
Département Ille-et-Vilaine
