Écoutez Nicolas Perrin, conseiller départemental, vice-président délégué au budget bas carbone, introduire la délibération liée au Budget bas carbone lors de la session départementale budgétaire de mars 2025. #illeetvilaine
» Bonjour à toutes et tous,
Vous reste-t-il un peu d’énergie après tous ces échanges ?
Écoutez j’ai une bonne nouvelle : notre département est en train de respecter ses engagements en matière de baisse des émissions carbone !
Et une moins bonne : à une échelle plus globale, ça ne va pas suffire et il serait bon que d’autres s’y mettent aussi rapidement !
Dans un premier temps, j’espère que vous serez tous fiers de notre démarche de budget bas carbone, une démarche innovante et efficace, mais aussi scientifique et morale, pour accompagner nos changements de pratiques et pour prioriser nos futurs investissements.
En effet, notre département est l’un des premiers (sinon le premier ?) en France à mettre en place un budget carbone.
En deux mots il s’agit d’un outil permettant d’anticiper les émissions carbones de notre collectivité. Avec le bilan carbone on regarde dans le rétro pour savoir ce qu’on a émis en GES sur les 3 dernières années, avec le budget carbone, on calcule les émissions qu’auront nos décisions budgétaires annuelles et ainsi on s’assure de respecter nos engagements. Cette démarche est donc très complémentaire de la trajectoire carbone que nous avons adopté avec notre plan de transition porté par notre collègue Emmanuelle Rousset.
Cette démarche existe aujourd’hui au niveau national avec la mise en place, suite aux accords de Paris, de la stratégie nationale bas carbone et sa déclinaison par secteur, mais assez peu au niveau local. Et c’est donc pour moi une fierté de vous présenter ce premier budget bas carbone, ou plutôt ses prémices.
Mais d’abord, repartons des fondamentaux sur les GES. Je ne vais pas vous faire un cours magistral sur le forçage radiatif mais je vous demande juste d’avoir bien à l’esprit qu’en matière de GES, les décisions d’aujourd’hui n’auront d’effets que qu’à long terme (car les GES restent longtemps dans l’atmosphère) d’où l’urgence « d’agir maintenant pour respecter nos engagements à long terme ».
La seconde info à avoir en tête est que nous ne sommes pas tous égaux face au carbone. Les 10% les plus riches génèrent 50% des émissions et notre pays , et son mode de vie que l’on pourrait qualifier de « dominant », dispose donc d’un effet levier important.
Enfin, la troisième info importante est, qu’au niveau mondial, le taux de GES dans l’atmosphère, exprimé en PPM (parties par Million) continuent d’augmenter, avec même la plus forte hausse jamais constatée en 2024, avec + 3,58 ppm, pour atteindre 423 ppm.
A un tel rythme ce n’est pas +1,5°C que la terre va « subir » (chiffre cible de l’accord de Paris pour 2100, chiffre déjà dépassé en 2024, en 9 ans donc), c’est plutôt +6°C minimum auquel il faut se préparer d’ici 2100. Et 2100, c’était normalement la cible d’espérance de vie de nos enfants né.es ces 15 dernières années…
Quelle drôle de monde allons-nous leur laisser ? Et comment leur dire, les prévenir, sans générer une eco anxiété paralysante, mais au contraire générer des bonnes pratiques et de l’adaptation ?
Alors je sais bien qu’en ce moment, on aurait envie de « fouetter d’autres chats » si vous me permettez l’expression, avec le retour des autoritarismes et l’instabilité des grandes puissances, avec aussi l’effort nécessaire d’économie de guerre que nous devons relancer, mais n’oublions pas que le dérèglement climatique est une immense gangrène de notre système de production et de croissance, et qu’il est aussi nécessaire de tout faire pour essayer d’en limiter les conséquences négatives.
Pour apporter un autre éclairage sur les conséquences à moyen terme de ces évolutions de ppm, on peut citer notre Ministre des transitions, Agnes Pannier Runacher, qui a présenté la semaine dernière le plan national d’adaptation français, pour anticiper au mieux une croissance à +4°C en France. Ce plan est très insuffisant et malheureusement, largement non financé. Mais elle conclut en indiquant que « sans action corrective, la France pourrait perdre jusqu’à 50 % de son PIB sur les 50 prochaines années, avec un fort impact sur l’emploi ». – 50% du PIB en 50 ans… voici une décroissance subie qui serait catastrophique…
Mais allez, haut les cœurs n’est-ce pas, la meilleure arme contre l’angoisse reste l’action, et au département d’Ille et Vilaine, nous avons décidé de faire notre part, de suivre finalement le vieil impératif catégorique de Kant, d’agir de telle sorte que le principe de son action puisse être érigé en loi universelle. «